La Dehesa, un modèle d’exploitation équilibrée entre l’homme et la nature
Le terme « dehesa »vient du mot castillan « defensa », qui désigne les terres clôturées pour le libre pâturage du bétail transhumant.
La dehesa est un écosystème agro-sylvo-pastoral unique au sud-ouest de la péninsule ibérique, principalement en Espagne et au Portugal (où on l’appelle montado). L’homme a su tirer le meilleur parti de l’ancienne forêt méditerranéenne, en exploitant ses ressources de manière équilibrée grâce à une gestion durable qui combine exploitation agricole, pastorale et forestière, et représente aujourd’hui un modèle d’agroécologie.

La dehesa est une formation créée par l’action de l’homme à partir de la forêt. Il s’agit d’un paysage typique de grandes étendues boisées, caractérisé par une alternance d’arbres, surtout des chênes verts (Quercus ilex) et chênes-lièges (Quercus suber), dont l’excellente qualité de leur écorce, de leur bois et de leurs fruits (glands) présente un intérêt particulier, et de prairies naturelles, où cohabitent harmonieusement élevage extensif, cultures et faune sauvage.
Cette forme de paysage est le résultat de plusieurs siècles d’adaptation et d’interaction entre l’homme et son environnement. La formation d’une dehesa est progressive et nécessite deux phases. La première phase est le « défrichage » de la forêt dense de chênes ; la seconde phase est le contrôle de la végétation ligneuse – qui regroupe les arbres, arbustes et arbrisseaux – et la stabilisation de la prairie.


Il en résulte un paysage de prairies parsemées d’arbres. Grâce à l’espacement des arbres, la lumière atteint le sol, favorisant le développement d’une flore variée qui sert de pâturage pour le bétail (ovins, bovins, porcins), tout en permettant la croissance de champignons, d’herbes et de plantes aromatiques.
Le célèbre cochon ibérique, nourri de glands de chêne, tire sa saveur unique de ce milieu.
En plus du bétail, la dehesa permet la production de produits forestiers comme le liège et le bois, ainsi que la chasse, dans un équilibre qui favorise la biodiversité et limite la surexploitation.
D’un point de vue écologique, la dehesa est précieuse pour la conservation de nombreuses espèces, certaines menacées, comme l’aigle impérial ibérique et le lynx ibérique. Son sol, naturellement riche en matière organique, contribue à la rétention d’eau, lutte contre l’érosion et capte du carbone, jouant ainsi un rôle important dans la régulation du climat local et global.
